Origine de la laque
On appelle laque le
produit extrait et préparé à partir d’une sorte de
résine : un latex, la sève provenant d’un arbre de
la famille des TOXICIDENDRON SUCCEDANEUM. Celui-ci
est prélevé de la même manière que la résine des
pins ou le latex des hévéas, par incision du tronc
de l’arbre.
Historique des laques
Le Viêt-Nam occupé par la Chine du Ier
siècle av. J-C. au Xè siècle ap. J-C. subit la très
forte influence de son puissant voisin tant sur le
plan politique que sur le plan culturel et
artistique.
Des artistes vietnamiens maîtrisèrent à leur tour la
fabrication des objets laqués, tout en développant
avec bonheur leur propre style.
Fabrication de la laque
La fabrication de la laque
s’effectue par décantation de la résine du laquier
dans des bassins durant une période pouvant aller
jusqu’à deux mois afin d’obtenir des couches de
différentes densités. La couche supérieure plus
légère de couleur brune offre la plus grande
liquidité ; celle-ci est récupérée et mise de côté
pour effectuer la finition du laquage.
Les couches les plus denses sont mélangées et
remuées pendant plusieurs heures pour obtenir leur
épaississement par évaporation.
Par
la suite, pour obtenir la meilleure fluidité propice
à l’application on ajoute à ce produit de base de
l’essence de térébenthine. On y adjoint également
des pigments naturels servant à créer les
différentes couleurs et nuances des fonds. A l’origine
la teinte traditionnellement utilisée était
uniquement le noir dite « aile de blatte ». Les
laques de couleurs ont été développées plus tard par
incorporation de pigments naturels puis chimiques.
La
palette de couleurs est constituée de pigments
naturels. Pour le rouge, ce sont des couleurs de
pierre rouge, qui donnent des rouges différents. Le
blanc est fait avec de l'argent, ou de la coquille
d'œuf, le jaune avec de l'or ou de la laque brune.
Certains
pigments
spéciaux proviennent
de la
nacre de
coquillages
Réalisation d’un
laque
La
réalisation d’un
laqué
est très longue et s’étale sur plusieurs mois. Pour
la description de la fabrication nous exposons
présentement la réalisation d’un tableau ; mais le
mode de réalisation est le même pour les autres
objets.
La
première opération consiste à choisir le support de
bois ou de bambou. Puis on
commence par une couche de poudre de terre, mélangée
dans
la résine de la laque brute, puis il faut laisser
sécher. Ensuite,
le peintre
ajoute une couche
de
poudre
de bois,
également mélangée
avec la
résine
noire, et
colle une couche
de
coton très
fine sur les deux faces du panneau. Après le
séchage, il faut réaliser encore une dizaine de
couches de laque brute, laisser sécher et poncer
chaque couche, pour obtenir enfin un support lisse
et plat.
Après ce premier travail on laisse bien sécher par
aération naturelle; à noter que la
laque
à la propriété de sécher et de durcir dans une
atmosphère naturellement chaude et humide (propice
donc en climat tropical humide). Ensuite est
pratiquée l’opération dite polissage mouillé du
panneau en maintenant celui-ci toujours mouillé par
aspersion continue d’eau tout en le frottant au
moyen de papier de verre et du « nang mùc » (os de
seiche). Cette opération est à répéter jusqu’à ce
que le panneau soit poli et brillant. C’est sans
aucun doute le travail le plus pénible et le plus
ingrat à effectuer.
Le temps est
un facteur essentiel dans la réalisation d'une
laque. Il faut en moyenne trois-quatre mois pour
terminer un tableau. En général, les peintres
travaillent sur croquis plusieurs laques à la fois
et se font aider par des artisans laqueurs.
Paradoxalement,
l'humidité
est nécessaire
au
séchage
de la laque
Pour un tableau décoré de nacres on effectue sur
celui-ci un traçage du périmètre des éléments
décoratifs à apposer par un léger piquetage de la
surface du panneau. Après découpage et ciselure les
différents petits éléments de nacre sont appliqués
et collés sur le tableau selon les sujets désirés
(personnages, animaux, fleurs…).
Ensuite le tableau est recouvert de trois couches de
laques noires en veillant à faire

réapparaître après chaque couche les éléments
décoratifs en nacre ; chaque couche doit être bien
sèche avant d’être à nouveau frottée. La décoration
du tableau est ensuite complétée par application de
la laque
colorée, la réalisation des dessins pour le fond et
le cas échéant par la projection de poudre d’or.
Quand le panneau est sec à nouveau on y étale trois
couches finales.
Nous arrivons ainsi à l’étape ultime : rendre le
tableau le plus brillant possible en utilisant une
poudre végétale. On frotte toute la surface du
tableau avec la paume des deux mains nues jusqu’à la
brillance souhaitée. On applique alors une couche de
verni transparent complétant l’illusion du relief et
rendant les décors très brillants.

Depuis quelques années sont apparus des laques
décorés de fragments de coquilles d’œufs écrasés.
Les multiples petits morceaux étant appliqués et
collés sur les tableaux de la même manière que pour
les éléments en nacre.

|